BLACK HOLE SCNOCK (27 JUIN)

LE RINCE-GRINCHEUX – MONSIEUR LAROSE

Je suis un artiste interdisciplinaire originaire de la Petite-Nation en Outaouais. Je suis de passage à Petite-Vallée pour participer à des ateliers d’écriture et d’interprétation de chanson, qui se donnent respectivement avant et après le festival. Pour la durée de l’événement, j’ai décidé de m’impliquer comme bénévole, et on m’a donné carte blanche pour que j’écrive chaque jour un billet d’humeur sur mon expérience au festival.

 Black Hole Shnock: Troisième billet, 28 juin 2015

Levé au son de la batucada, dormi fuck all. J’avais l’impression que tout le monde étaient à côté de moi, là, avant même que j’ouvre les yeux. J’entendais Alan au travers des tambours et des cris de joies. Je ne savais pas comment en sortir sans trop que ça paraisse. C’était le guitare de course… comment tu fais quand faut que tu te réveilles en plein milieu ?

Tout le monde a l’air full sportif, même le barman émérite du Verre Bouteille, qui était en poste hier, a son dossard. Moi, j’me sens confituré de la veille… mais on ne parle plus de la veille rendu là, on parle d’une continuité qui a jamais eu de break. Dormi une heure peut-être ?

Après c’est flou : juste erré pour régler les besoins primaires, et servir du café pour un gars qui avait l’air de penser que j’étais là pour ça. Avec un petit ton de réprimande : «Là, allez-vous en refaire du café ?!?». Sur une foule, ça prend tout le temps au moins une personne insolite qui détonne avec l’ensemble. Ça s’pourrait qui ait pas d’service: c’est un help yourself général aujourd’hui! Tout le monde y met du sien.

Journée flasque. Pas de prépondérance pour quoi que ce soit jusqu’au spectacle de Fred. Nevché dans la prog. Pour moi c’est Fred, passé la semaine avec lui et les autres artistes des rencontres qui chantent. «Je n’ai pas peur de te condamner…»

J’ai compris une dimension supplémentaire de Fred en assistant à son spectacle. J’sais pas trop comment dire… aspiré par un trou noir, ressorti d’l’autre bord, le corps en coat renversé, y’a une métamorphose qui se passe, détaché de la panique de l’éternel dernier moment. Foncer d’un courant lent mais assumé, comme lui, là, qui avance tranquillement, les yeux ouverts, un peu canté, suspendu… je veux chanter comme lui. C’était messianique le délire, je m’y suis retrouvé comme dans des pantoufles.

Fred travaille depuis une semaine «dans le camp retranché de la chanson». Les rencontres qui chantent donnent leur spectacle demain, après ils s’en vont : pour moi, c’est la deuxième gang qui lève les feutres depuis que je suis arrivé. J’ai hâte de voir le show, ça va être l’aboutissement de tout ce que j’ai entendu, fredonné. J’ai vu ces artistes réfléchir, se remettre en question solide, groover, partager, habiter ce qu’ils avaient à dire, et l’habiter avec eux. Ça va me manquer.

J’ai vu le processus aller, ayant vécu sensiblement le même la semaine passée… l’euphorie du début, puis un moment donné, la cloche sonne : y’a un deadline à cette affaire là, et ça fini par une prestation ! On tombe dans notre bulle, en suspend. De l’extérieur, on sait pas trop ils sont où, dans quel univers. C’est intense… c’est un processus habituellement intime qu’on se ramassse à faire de manière ouverte, transparent comme on s’en douterait pas.

Petite-Vallée —» Petite-Nation. Jasé avec maman par textos: tombé encore en bas de ma chaise. 

Ben voyons donc.

Pas assez de mourir,

faut se faire voler des bouquets su’ l’perron.

Une chance qu’il y avait le gars de Marseille pour me r’crinquer l’Jackson. Sa guitare qui nous faisait des jeux de phares dans la lunette arrière, question de s’inquiéter confortablement.

J’approche dangereusement de la même heure qu’hier.

Pour moi, ça n’a pas été  une journée glorieuse. Je dirais même, un état épais de solitude… c’est le flow du festival qui rentre dans le corps j’pense. Comment dire… au début, on recontre plein de nouveau monde, euphorique. On fait connaissance. Puis, le festival commence, et là, du monde y’en sort de partout. On s’est tu salué ? Je le connais-tu ? Et chacun, dans sa bulle, a ses tâches, avec sa gang.

C’est quand même particulier à vivre, un village qui se transforme en événement.

Et y’a le comportement.

Plus tard, question de closer l’affaire, Black Hole Schnock : j’m’en attendais pas celle-là. J’ai eu le privilège de rencontrer la première personne antipathique depuis mon arrivée ici (et à l’oreille, il venait clairement pas d’ici!). En plein show, le dude était entrain d’essayer de prendre des photos avec son téléphone, du fin fond de la salle. Capte rien. Visiblement, il ne sait même pas pourquoi il fait ça, et, lointain comme il est, la vision est nulle. Et, il m’acccroche pour me dire, en pointant la scène : «Who the fuck is that guy anyway ?!?!». Euh, by the way, toué t’es qui ?

Bon, ensuite est arrivé plein de discussions qui m’ont ramenées à la beauté de Petite-Vallée, dont une fort agréable avec le Belge, : La sérendipité.

La sérendipité est le fait de réaliser une découverte scientifique ou un invention technique de façon inattendue à la suite d’un concours de circonstances fortuit et très souvent dans le cadre d’une recherche concernant un autre sujet. Voilà.

Dehors, ça sent le poisson mort. La veillée achevait, moi, bout d’crisse, j’écris encore à l’aube !

Encore une fois, c’est la fin de soirée qui marque le point : jasé avec quelqu’un que je trouve fort sympathique et que j’estime énormément, qui a déjà tripé solide dans la Petite-Nation : on en concluait ensemble qu’il y a chez nous une belle gang de punks un peu hippies, on a pas statué l’affaire, mais on se comprenait s’a vibe. Ils me manquent, mes amis de la Petite-Nation. Des bons amis deviennent des phares dans l’obscurité, quand c’est ça qui enveloppe parfois.

Comme y’en a ici, aussi, des repères de ce genre-là. J’en parle depuis le début. Et c’est ce même monde, que je croise dans la foule, et qui me réchauffe le cœur, au travers de la solitude parmi les autres.

Bon, suffi maintenant de finir ça au club des grosses pointures paquetées, parmi les gesticulations de gars chauds. Y’aurais sûrement des anecdotes de plus qui pourraient se pointer, mais j’ai mon quotas des pas caracolants pour à soir.

  2 comments for “BLACK HOLE SCNOCK (27 JUIN)

  1. Jocelyn Lambert
    juin 28, 2015 at 6:11

    Sérendipité : Il y a des mots comme ça qui méritent d’être connus … !
    Bien aimé le passage où tu parles de tes amis de Petite-Nation : repères dans le cours de l’humanité. Belle image !
    Je te le redis : Tu écris bien, Éric. C’est très poétique, ta façon de décrire les événements au quotidien.

    • Monsieur Larose
      août 2, 2015 at 12:30

      Salut Jocelyn! Je viens juste de m’apercevoir de ces commentaires que vous m’aviez tous laissé sur le blogue: le lien ne se faisait pas, ça se retrouvait dans mes pourriels, je viens de tomber dessus par hasard. Merci d’avoir lu mes élucubrations! Au plaisir!

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