CONGÉ PERRIER (3 JUILLET)

LE RINCE GRINCHEUX – MONSIEUR LAROSE

Je suis un artiste interdisciplinaire originaire de la Petite-Nation en Outaouais. Je suis de passage à Petite-Vallée pour participer à des ateliers d’écriture et d’interprétation de chanson, qui se donnent respectivement avant et après le festival. Pour la durée de l’événement, j’ai décidé de m’impliquer comme bénévole, et on m’a donné carte blanche pour que j’écrive chaque jour un billet d’humeur sur mon expérience au festival.

Congé Perrier : douzième billet, 3 juillet 2015

Les journées sont tellement remplies que j’ai l’impression des fois que ce qui s’est passé date de deux jours, mais non, c’était bel et bien aujourd’hui. Avait besoin de redescendre après une dérape à cœur ouvert, avec trop de détails probablement. J’en ai appris des bonnes en recroisant du monde à matin, faut que je vous raconte ça. En fait, les filles du bar m’ont raconté qu’elles m’avaient spotté que j’t’ais rendu pas mal guilleret, «je regardais sur quel bord t’allais tomber pour te rattraper en cas. On voulait te ramasser si ça commençait à feeler pas bien (…) un moment donné on a vu que tu sortais, on s’est juste assuré de regarder que tu prennes pas ton char (…) on a vu que t’allais te coucher dedans, on s’est dit ok, y’est correct.» On a des anges-gardiens à Petite-Vallée, j’ai été vraiment touché d’entendre ce récit. Merci, vous êtes supers !

«Moi je me suis ramassé à dormir s’es chaises.» Un chum qui me racontait ça, qui avait les yeux autant plissés que moi. On était tout les deux dans le même genre de décalage planétaire, en fusée dans l’aucun monde à faire encore des bulles, à essayer de composer, autant vert que subtil, essayer de composer avec la gravité d’une manière nouvelle que j’ai tenté de réinventer trop de fois. On es tour à tour le gars chaud de quelqu’un d’autre, demain ça sera peut-être toi. Une qui a éclaté de rire en entendant mon histoire, c’était elle la veille qui était dans ce rôle. J’ai eu droit à des sourires silencieux qui voulaient tout dire.

Je me fais rincer de mots par D-Track qui me chasse dur corps la téquila contre laquelle je travaille pour retrouver le maintient. C’est bon ton texte de la Rivière Outaouais l’ami. Et ton discours pour Harper, notre «Premier Pénis». «Le Québec a jamais zigné la constipation canadienne». Et tout le reste. «Ma langue, c’est le clairon de mon existence». Je seconde ! Le hip-hop, à cause des gestes, ça a tout le temps quelque chose d’un peu babouin. Ça m’a fait rire de constater ça.

C’est drôle, je me mets à parler de plein de gens qui composent mon monde, qui ne sont pas ici, et ça me rappelle que le voyage ça fait ça. On dirait qu’on reconnecte de nouveaux liens avec les gens qu’on aime, une présence de cœur qui ne s’enfarge pas dans la distance. On retrouve les nôtres à travers les autres, et ces nouveaux autres deviennent nôtres.

Je réalise que je me censure de moins en moins. Y’a des gens qui m’ont dit qu’il y a des tounes quelque part, cachées dans ces textes. Des fois j’ai peur d’aller trop loin, comme hier et ce matin. Mais j’aime mieux prendre le risque d’aller trop loin que d’aller nulle part… c’est toujours ben rien qu’un blogue après tout. Et j’ai l’ambition de brasser ‘a cage, faut ben que j’commence à assumer un moment donné. Pas envie de roupiller dans une société de string tendus et de totons refaits.

Congé Perrier. Besoin de reviendre back avant Galaxie. Besoin aussi de prendre un peu ça cool à Galaxie, vu le camp d’interprétation que je commence tout de suite après, dès le cinq au soir. Congé Perrier ? J’vais en prendre un double, j’pense. De toute manière, ce qu’ils font ces gars là ça me transporte tellement que je décolle à jeun sans problème. Je me souviens d’un show de Fred au Club Soda, aux trois-quarts du spectacle ils nous avaient torché une de ces versions de Dépanneur du premier disque de Gros Mené – c’est une de mes tounes fétiches, qui me donne à vivre des volets d’adolescence qui m’ont manqué. Je l’ai un peu adopté comme grand frère Fred – c’était tellement intense que j’avais les pieds vissés au plancher, à danser comme un crinqué sans jamais être capable de lever de terre, groundé corrrect. Gros Mené, Fred, Galaxie, ça me rince de même ! Et c’était Congé Perrier c’te fois là, justement.

Là, devant un bagel au saumon fumé, c’est moi le gars qui rit tu seul ‘a table en transcrivant. L’anecdote vient de se passer. Estelle de La Fabrique Culturelle débarque :

– «on cherche quelqu’un qui a pas vu le show de Bori. On a fait un film sur le spectacle, mais on a tellement le nez collé dessus qu’on sait plus si c’est compréhensible ce qu’on a fait.

– J-F Nô. J’pense qu’il serait excellent pour ça. »

On l’a trouvé sur le bord de la porte de l’atelier en bas, en arrière, dehors à fumer une clope.

– «Salut Jean-François, on cherche quelqu’un qui a pas vu le show de Bori (…) compréhensible ce qu’on a fait.

– Ouais, j’ai assez de shows dans l’cul pour te dire ça.»

Je me suis obstiné avec moi-même une partie de la journée, avec le moi qui se confond en excuses d’avoir trop fêté. Question de me débarasser de ça, et de l’état d’anxiété qui me trimbalait, je suis allé monter le Mont Didier. Me suis dit que la randonnée aurait vraiment pas été pareille si le sentier d’interprétation passait au travers d’une coupe à blanc. Je trouvais ça cool de reconnaître les salsepareilles, les quatre-temps, c’est vraiment fascinant la nature quand on commence à la reconnaître, tout un univers s’ouvre. Y’a des petits canards par contre que j’ai spoté mais que j’ai pas reconnu. On pourrait les scraper ces p’tits canards là, avec un bon déversement d’huile dans le fleuve tient, question de se la jouer de notre temps. Ah ! Pis les petites fraises de champs, un vrai gaspillage ça, sont même pas à vendre !

Je coupe court, y’est rendu six heures du matin, le lendemain, et je vous parle d’hier v’là douze heures. Mon carnet est rempli de notes, je n’y arriverai jamais.

On a vu le soleil se lever sur le fleuve. La dernière émission de soir Dans l’Shed était vraiment swelle, Yann, bouffon de compétition, merci pour ta toune accompagné du band de Sara-Olivier.

Passé une journée avec le Marseillais, c’était décallé correct, on avait tous les deux la même tête de dévissé.

Dans l’Shed encore à l’Hommage à Kevin, wow, et les autres, encore une fois, y’avait une ambiance familiale dans ce spectacle.

Jasé de nos racines amérindienne avec Jacques et Maude, que je vois tous les jours mais à qui j’avais jamais eu la chance de parler. Ah, lala, aller dormir pour être capable d’encaisser la dernière journée d’une semaine que je n’ai pas hâte qu’elle se termine, tellement de gens vont me manquer. Je ne réussirais même pas à dire un petit mot pour chacune des personnes qui me rend heureux ici, mes textes ne finiraient juste pas.

  1 comment for “CONGÉ PERRIER (3 JUILLET)

  1. Jocelyn
    juillet 4, 2015 at 7:04

    «On était tout les deux dans le même genre de décalage planétaire, en fusée dans l’aucun monde à faire encore des bulles, à essayer de composer, autant vert que subtil, essayer de composer avec la gravité d’une manière nouvelle que j’ai tenté de réinventer trop de fois ».

    C’est un beau passage … d’une grande poésie … wow !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *