JOUQUÉ CORRECT (26 JUIN)

LE RINCE-GRINCHEUX – MONSIEUR LAROSE

Je suis un artiste interdisciplinaire originaire de la Petite-Nation en Outaouais. Je suis de passage à Petite-Vallée pour participer à des ateliers d’écriture et d’interprétation de chanson, qui se donnent respectivement avant et après le festival. Pour la durée de l’événement, j’ai décidé de m’impliquer comme bénévole, et on m’a donné carte blanche pour que j’écrive chaque jour un billet d’humeur sur mon expérience au festival.  

Jouqué correct: Deuxième billet, 26 juin 2015

J’commence à comprendre l’affaire : je risque de me ramasser chaque fois à écrire ces billets tard dans la nuit, avec pas de recul, sur une manière de buzz appelé à se répéter jour après jour. Je voyais l’aube s’en venir quand j’ai décidé, v’là deux minutes, de rentrer à tâton pour ne pas réveiller les autres qui dorment…. c’était sans compter que trois pochards me succéderaient, aux pas lourds et aux rires gras. Y’a eu un championnat du coude qui lève, ça fait partie de la game.

Aujourd’hui, j’aurais voulu mettre en scène une toune des Éthiopiques que je n’y serais pas mieux arrivé : une lente dérive éternelle qui ne ferait pas de mal à personne. Pour une première vraie fois depuis mon arrivée, j’ai pu profiter de la mer. L’étendu, l’horizon, le silence qu’elle installe entre les deux oreilles, la paix dans le coeur. À partir de là, on dirait qu’il n’y a plus grand chose d’important, à part être juste là.

Être.

C’est justement ça que Gilles Vigneault disait suite aux résultats des dernières élections provinciales : «encore une fois, c’est l’avoir qui l’emporte sur l’être».

Rencontré un ami qui vient jouer au festival. Passé une partie de l’après-midi à jaser avec lui dans l’herbe et sur les chaises berçantes du patio qui donnent sur le fleuve. Jasé de musique, d’écriture, de composition. «La structure» qu’il disait. L’importance de la structure dans la musique, qui oriente la création et qui vient qu’à faire parler l’inconscient. Mettons, des couplets plus longs, et des refrains très courts. Lui, y’a fait ça quelques fois dans ses dernières chansons, ça donne une dimension aux tounes… on jase. C’est intéressant en maudit, j’ai de la misère avec ça, moi, structurer des tounes. Lui qui est si fuzzé au final dans ce qu’il fait me donne le goût d’essayer : pour une nouvelle première fois, je commence à comprendre que des contraintes peuvent être créatives. Et surtout, ce qui ressort de ce qu’on parle, s’amuser en faisant de la musique, sinon ça n’a plus de sens.

Puis, est venu le spectacle de Yann Perreau. Je le connaissais, nécessairement, et je l’avais déjà vu sur scène. Mais il y a des contextes qui sont mieux que d’autres pour entrer dans l’univers d’un artiste. Aujourd’hui, j’pense, c’était idéal pour faire sa connaissance. Yann, un piano à queue, et un deuxième micro au centre-cour de la scène, suspendu par le top. Beaucoup d’espace.

Et un nouveau rapport au temps qui s’installe. Un esprit forain pour commencer. Un moment donné, le piano aurait pu être au plafond et lui à l’envers pour en jouer que ça m’aurait paru totalement normal. Je me suis envolé avec lui. Je vais me souvenir des interventions de son fils dans la salle, qui commente le show à haute voix, parfois joueur-désaprobateur : «Paaaapa !» Yann qui lui répond direct, y’a pu de scène rendu là : on est ensemble, c’est pas plus compliqué que ça. J’pourrais parler du grand conte dans lequel on s’est tous ramassé, avec lui comme pilote. Des textes, du mood. Allez-donc voir le show si vous avez une chance, c’est le best pour s’en vivre une idée.

Je le connaissais pas l’yâb’ Yann Perreau. Pourtant, je ne fais pas si dur que ça en terme de connaissance de notre culture. On méconnait nos identités. Notre monde. On ne prend pas le temps de se rencontrer. Un artiste des rencontres qui chantent me disait : «je commence à peine à m’intéresser à la chanson francophone… j’ai 23 ans ! Comment ça se fait qu’on ne m’a pas intéressé à ça avant ? Il a fallu que je le découvre par moi-même !». Ça m’a rappelé qu’à vingt et un an, j’ai connu Pauline Julien… en apprenant son décès.

On a un problème d’entretien, vous ne trouvez-pas ?

Ah, le soleil se lève, là, tranquillement. Trois heures et demi du mat’ et on voit déjà cette bande orangée-rose à l’horizon.

Reste à parler de mon deuxième spectacle de la journée. «Jouqué», autant de travers que ludique, avec Benoit Paradis, accompagné du contre-bassiste Benoit Coulombe et de la pianiste Chantal Morin.

J’ai trippé ben raide.

J’avais pas encore eu la chance d’assister à un spectacle complet. Un spectacle de Benoit Paradis Trio, pour moi, c’est réapprendre à vivre. Y’a du lousse dans ‘vie, le prends-tu ? On a beau s’engager dans le parcours du «gagnant du concours de la malchance au quotidien», on le fait tellement avec plaisir ! Et le plaisir est évident pour les deux accolytes de Benoit, qui sont tout sourire pendant le spectacle en entier. J’ai mieux compris en jasant avec Chantal après : «c’est un show pour nous autre aussi, on sait jamais tant que ça ce qu’il va faire et nous il faut l’suivre !». Benoit Paradis Trio joue plus en France qu’ici : comprends-tu ce qu’on fait avec nos artistes des fois ?

Faut ben qu’un texte se finisse un moment donné. Pour moi ça s’est terminé au bord d’un feu, sur le bord du fleuve, accompagné de beau monde, et d’une toune de Dylan joué par Kevin Parent. T’es jaloux/jalouse ? Brasse-toi l’cul pis viens-t-en, c’est c’te s’maine que ça s’passe.

– Y’est où le feu ?

– Y’est dehors.

– Aie ! Ça c’est une réponse de marde !

J’ai vu passer un gars à ‘course avec un cône gigantesque sur l’épaule. Penny loafers, aux pieds et rires aux larmes. En boisson, décalé correct. Le soleil est ben proche deboutte, moi faut que j’aille dormir, j’en ai encore pas mal d’autres à me taper d’ici la fin. Yo !

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