LA MODULATION (30 JUIN)

LE RINCE GRINCHEUX – MONSIEUR LAROSE 

Je suis un artiste interdisciplinaire originaire de la Petite-Nation en Outaouais. Je suis de passage à Petite-Vallée pour participer à des ateliers d’écriture et d’interprétation de chanson, qui se donnent respectivement avant et après le festival. Pour la durée de l’événement, j’ai décidé de m’impliquer comme bénévole, et on m’a donné carte blanche pour que j’écrive chaque jour un billet d’humeur sur mon expérience au festival.

La modulation: sixième billet, 30 juin 2015

Changement de beat, levé plus tôt pour aller présenter deux chansonneurs dans le cadre d’une prestation à la terrasse de la glacerie de Grande-Vallée. Cette affectation tombait très bien, je n’avais pas encore eu d’occasions de côtoyer les chansonneurs jusqu’à maintenant. J’ai donc pu passer du temps avec Émile Bilodeau et Raphaël Butler, qui ont offert une super prestation acoustique à un public fort attentif. Je les ai trouvé hot en maudit les deux gars : c’est une cantine/comptoir à cornets, des chars qui arrivent, des bécycles à gaz, des vans qui passent le le chemin, le vent… et avoir aussi bien habité la place ? Chapeau les gars ! Merci à Claude qui nous a si bien accueilli, y’embarque dans l’trip ben raide, il nous offre un repas à chacun… ah ouais, t’sais cantine, mais… avec des repas de fruits de mer ? On est en Gaspésie là…

Après, les gars m’ont montré où ils travaillent chaque jour, à la Petite-École de Grande-Vallée, direct sur le bord de la falaise. C’est exigeant, «on chante toute la journée», Raphaël se sentait la voix un peu fatigué : j’aurais pas pu dire ça, on l’entendait très bien et c’était pas des conditions faciles. On est allé trotter sur la plage, jasé musique, jasé d’autres choses, des rencontres qui chantent auxquelles Raphaël a participé l’année passée. «C’est le fun parce qu’après ça s’arrête pas là, le groupe des rencontres qui chantent va donner des prestations dans plusieurs autres contextes, on se revoit, c’est vraiment bien.»

  • Pis toi, tu fais quoi comme musique ?
  • Du rock… expérimental… j’tripe sur le vieux gear, sur le tone, j’ai pas beaucoup d’expérience en chanson par exemple.
  • C’pas grave ça.

C’est le gars de dix-neuf ans qui rince le gars de trente-huit, de pas s’en faire avec ça. Y’a fait la première partie de Mononc’ Serge aux Francos, participé à d’autres festivals, aux Francouvertes, c’est beau à voir.

S’a plage, beau soleil de midi, tous les trois, unanime : c’est incroyable qu’on soit là.

C’est un cheminement intérieur que je vis ici, à travers les rencontres, les contextes. Ça fait quinze jours que je suis appelé à plonger dans l’univers des autres, à être attentif, écouter, découvrir, ressentir. J’applique les consignes que Gaële nous avait données, au printemps, quand j’ai suivi un de ses ateliers : «Je vous le dis en partant, y’aura pas de jugement qui va se faire icitte. Chacun va entrer dans l’univers des autres, on est là pour s’écouter, pour se partager ce qu’on entend, ce qu’on reçoit, mais on est pas dans le jugement, on est là pour entendre.» Quelque chose qui voulait dire ça en tout cas. C’est comme mon mantra de séjour ici.

Ici, les rencontres prennent plusieurs dimensions, au rythme d’une ville portuaire où on niaise pas avec le puck : on est de passage, c’est ici et maintenant que ça se passe, vit-le. Willows parlait justement un peu de ça, de la mathématique quantique, où les notions de passé, présent, futur ne tiennent pas vraiment. Et la transformation, le courage.

Willows, le spectacle le plus doux auquel j’ai pu assister depuis que je suis ici, ça me berce. Elle nous emporte au Manitoba, j’ai pensé aux plaines… j’pense pas souvent à ça en fait. Je la voyais debout, chanter… nos territoires nous rentre dans le corps et dans ce cas-ci ça m’a paru tellement évident. La vibe, le rythme, l’espace autour, son métissage qui est différent du nôtre ici, ce n’est pas les mêmes peuples qui se sont rencontrés.

On vit chacun notre festival, notre récit personnel dans un contexte qu’on partage. Chacun nos thèmes qui définissent notre journée. Pour plusieurs, on est comme des abeilles, on travaille chacun pour notre ruche, je pensais à ça en voyant l’équipe de la radio jeunesse, assise au premier rang du spectacle de Willows, où chacun y allait de son moment, caméra en main, pour tourner des images du spectacle. Quelle excellente idée que d’impliquer cette équipe jeunesse dans une pareille aventure de chanson.

Quelque part, croisé une artiste qui est déjà venue donner son show à l’Auberge Petite-Nation. Ce soir là, on avait jasé de nos situations d’artiste. Elle était dans une remise en question solide, l’énergie assez basse. C’est loin d’être facile être artiste au Québec, on ne sait pas assez à quel point c’est des situations précaires, tirées par les cheveux. Ça demande de l’énergie constamment, jamais certain que ça va porter fruit… l’autogestion, devoir être surper créatif et simultanément entrepreneur, promoteur, constamment en apprentissage, demandant un constant besoin d’ouverture même si par boutte ça se peut que tu sois à terre, ou franchement en crisse. Je suis content de voir qu’elle a persévéré, c’est une de mes idoles si on veut, j’aime ce qu’elle fait, comment elle le porte. C’est paradoxal aussi le vedetariat qui donne une impression de richesse, totalement fausse au final.

Quand le fait de réussir, d’être excellent et d’avoir réalisé un long parcours n’est pas encore assez pour te faire vivre, qu’il faille que tu te battes encore en continu. J’parle pas d’être assis sur des lauriers, je parle juste d’arrêter d’être au grand vent sur le bord du clift, avec le sol qui se dérobe sous tes pieds, juste pouvoir prendre un grand respire.

Présentement, on dirait que tout ce que j’aime de la vie est dans cette situation-là.

Détachement : la plupart du temps, ce que les autres font ou pas c’est pas de mes affaires. Je ne suis pas obligé de dire tout ce que je vois, tout ce que je remarque. Qu’est-ce qu’on choisi de garder pour soi ?

Je commence à savoir ce que je veux, un peu, en musique, je veux rien de trop tight, rien de trop parfait. J’ai vu dans la journée une prestation qui le demandait à plein de niveaux et me suis dit que je ne serais juste pas à ma place. Chacun sa spécialité.

C’est ça pour à soir. Comme vous le savez, y’est toute arrivé. Mais, avant que ça mûrisse, des fois, y’est l’heure d’aller s’coucher. Je recroiserai encore demain ces joyeux drilles.

Sinon, j’ai parlé à mon drummer à soir, y’a hâte en maudit qu’on fasse de la musique. Moué-ci. Je cours après les tounes, je les entends dans ma tête, j’ai des textes que je froisse d’un jour à l’autre. Jasé avec quelqu’un qui pourrais me donner un feedback sur ce que je bricole. Me disait, on jasait, c’est rare une one shot toune écrite en quinze minutes. On trip ben là-dessus dans les musicographies, mais en vrai, une vraie bonne toune peu prendre cinq ans. Prend ton gaz égal, Larose.

  1 comment for “LA MODULATION (30 JUIN)

  1. Loup
    juillet 1, 2015 at 12:42

    Salut monsieur ton texte me touche en ce premier juillet tout mouillé. Dans le reflet de la réflexion, quelque part se trouve l’embryon de la réponse, tout est à comprendre qu’on ne saisit jamais! Bisous et courage, la chanson est au bout de l’ouvrage!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *