LONGTEMPS FANTÔME (29 JUIN)

LE RINCE GRINCHEUX – MONSIEUR LAROSE

Je suis un artiste interdisciplinaire originaire de la Petite-Nation en Outaouais. Je suis de passage à Petite-Vallée pour participer à des ateliers d’écriture et d’interprétation de chanson, qui se donnent respectivement avant et après le festival. Pour la durée de l’événement, j’ai décidé de m’impliquer comme bénévole, et on m’a donné carte blanche pour que j’écrive chaque jour un billet d’humeur sur mon expérience au festival.

Longtemps fantôme: cinquième billet, 29 juin 2015

C’est reparti comme en quarante, pour suivre les empreintes décalées de l’inconscient. Fred qui danse, le bassin complètement lousse, en me parlant des rumbas dakaroises, sur la musique des éthiopiques. Il est question d’anthropologie musicale, Florent Mazzoleni, de la politique qui influence la musique, des dirigeants qui décident de l’orchestre national, le Bembeya Jazz Orchestra, mettons, juste pour illustrer la patente. Mettez-pas votre bière à côté de l’ordinateur s’il-vous-plait. Fin de soirée oblige, du ping pong full contact à soir, on a failli perdre Fred. Ceux qu’on m’avait dit qui seraient là y sont pas.

Une première nuit complète depuis – torrieu – m’en souviens pu. Passé plus de temps à faire du ménage que d’autre chose cet après-midi, ramasser les corps morts, faire une vaisselle qui n’en finissait plus. Quelques heures à penser implication bénévole : l’événement ne pourrait pas exister sans. Tous les détails qui ne paraissent pas, justement parce que quelqu’un s’en est occupé. Une manière d’organisation anarchique qui vient qu’à compléter le fonctionnement prévu… c’est la richesse et la beauté de ce genre d’événement, plus proche de l’humain que de la productivité. C’est vivant. Et y’a tout ce qui devient intemporel, toi qui est là depuis une semaine, lui qui vient d’arriver, mais qui est là depuis quinze ans.

Descendu au Théâtre de la Vieille Forge, apaisé. Première journée moins chargée depuis le début du festival, nécessaire pour recharger les batteries avant la deuxième partie. C’est la mi-temps, en somme. Ça a été le cas pour quelques personnes, en jasant, plusieurs se sont pris un sommeil réparateur et salutaire. Aussi, c’est l’expérience des festivals qui rentre dans l’corps : on apprend à gérer son énergie.

C’est la première journée depuis belle-lurette que j’ai eu le temps de fouiller dans mes textes – quand même parti dans l’idée d’écrire des tounes – et enregistrer au dictaphone des riffs, des mélodies qui me trottent dans ‘tête depuis une couple de jours. J’aurais pu travailler ça n’importe où ici : ils réchauffent le cœur, ces endroits où tout l’art est permis, où ceux qui le cultivent sont êtres humains normaux à part entière et pas des extras-terrestres de seconde main qu’au mieux on tolère. Ça a l’air de rien, mais c’est pas rare en tant qu’artiste de se sentir le chien dans l’jeu de quilles, ou encore l’animal de zoo. Une manière d’état d’être entre l’ittinérance et la captivité.

Bon, là, je retarde le moment… je saurais ben pas comment commencer à parler du prochain chapitre, c’est que, ben, oui, j’pourrais y aller, en faite, je vais y aller comme ça, j’commence, là, quand je vais rentrer tu me mets la lumière sur le côté… oui, c’est ça, comme ça. Après j’accroche mon coat… pas important en fait l’coat… on essaye ça de même pis on verra ce que ça donne. Le développement qui paraît pas, le petit ours gris qui ne voulait pas hiberner, papa et les injections qui lui fallait pour mourir comme on devrait tous prendre le temps de le faire. Après le rappel, Alan Côté qui arrive, bondissant au trot, pas léger, en direct du troisième étage de la réalité, décrivant un demi cercle, pour nous annoncer : mesdames et messieurs, bienvenue au Théâtre de la Vieille Forge, ce soir nous accueillons un artiste qui… et entre en scène à la fin de son propre spectacle, Bori, qui avait pourtant été là avant, …ahhh… j’veux pas rentrer dans le détail, y’a des affaires de même qui méritent de ne pas être expliquées, j’parle de la suspension, ou de se réapproprier dans un cadre aux allures fixées une liberté qui a pas de nom… les territoires de l’inculture, cul par-dessus tight, euh… on r’commencera ça après.

Veillée réconfortante, plein de nouveaux ami(e)s qui sont arrivées, ça a été le vent de fraîcheur pour tout le monde j’pense. En pleine journée brumeuse, du soleil humain qui rentre. La mer avait une nouvelle odeur aujourd’hui que je reconnaissais mais que je n’avais pas senti depuis mon arrivée. Les vagues aussi, ce n’était pas les mêmes.

Baptême, j’ai besoin d’aller me coucher, affectation demain matin. J’ai beau relire mes notes, je ne suis pas capable d’y retourner. Et je me prépare pour une veillée forte qui s’en viendrait, à ce qui paraît, avec les gens qui viennent d’arriver, on m’a dit, on peut s’attendre à toute.

Couché hâtif, pas eu le temps d’aborder un sentiment qui m’a habité, toute la journée, celui d’avoir été longtemps fantôme.

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