PORTRAIT DE FAMILLE (2 JUILLET)

LE RINCE GRINCHEUX – MONSIEUR LAROSE

Je suis un artiste interdisciplinaire originaire de la Petite-Nation en Outaouais. Je suis de passage à Petite-Vallée pour participer à des ateliers d’écriture et d’interprétation de chanson, qui se donnent respectivement avant et après le festival. Pour la durée de l’événement, j’ai décidé de m’impliquer comme bénévole, et on m’a donné carte blanche pour que j’écrive chaque jour un billet d’humeur sur mon expérience au festival.

Portrait de famille : huitième billet, 2 juillet 2015

Début de journée à me replacer le cosmos. Levé tard. Correct. J’aime mieux ça là que dans trois jours, quand commencera l’atelier d’interprétation avec Marie-Claire. J’ai hâte en maudit, ça me tenterait pas, la veille, d’être au grand’ galop.

Là, on est en plein après-midi. Bénedicte est à côté de moi, à pratiquer des chansons au piano. C’est beau. C’est magique. Elle étudie au conservatoire en chant classique. Quand elle interprète ses chansons, on se ramasse en plein cabaret vieille France, un peu lubrique, avec son éternel sourire malicieux… elle est tellement belle. C’est son élément. Moi, quand je la vois sur scène, je décolle. Je suis rendu à une autre époque. «C’est beau la musique moderne mais c’est des fois compliqué.» Pratique oblige.

Je vous le dis icitte, question qu’il y ait des témoins – même si je sais pertinemment que c’est pas nécessaire, et pis Gaële a été là en plus pour voir le deal, je suis plus que safe je vous dis – j’ai donné ma chemise fétiche hier en échange qu’on me booke des shows en Europe. (la chemise qu’on a trouvé ensemble, Madame Kovski, à cette autre époque, tu me manques, j’espère qu’on se recroisera!).  C’est ça aussi, Petite-Vallée. Je dirais même, surtout. C’est des rencontres. Pas des «contacts». C’est vedge, ça, cette manière de voir le monde, tout le temps en business de cloune. Non, je parle de rencontres.

Mettons. Je rencontre un gars de Bruxelles, super cool, c’est le fun. On jase. Et plus ça va, plus c’est le fun. Les discussions décollent, j’ai comme l’impression de rencontrer un vieux chum que je connais depuis toujours. Puis, on se met à écouter de la musique, et là, drette là. On se comprend tight. Je vais m’ennuyer de lui ! Quand elle apprécie quelqu’un au boutte, Gaële dit «je l’aime d’amour». Je vais dire ça aussi, dorénavant. Le gars de Bruxelles opère un festival de Biodiversité Culturelle là-bas. Je m’impose ! Je laisse le Canada de Stephen Harper et son obscurité gangraine, pour aller venter ailleurs.

Un après-midi à boire une cinquante pour espérer faire partir le mal de tête. Fred vient d’arriver au camp chanson. Dans la chronologie d’icitte, je suis entouré de mes plus vieux ami(e)s. Dès que j’ai une chance, je vais aller visiter Fred à Marseille. Quin. Dans le fond, l’Europe c’est mon deuxième chez nous. Le troisième c’est l’Afrique du Nord, faut le faire, j’en suis quand même revenu à dos de Malaria, le Paludisme Falsciparum, le type de palu qui cause 90% des morts par Malaria, mais une des souches qui se guérit. J’aurai jamais de come back de ça. Mais si je n’avais pas été diagnostiqué à temps, je serais tombé dans un espèce de coma dont on sait pas elle est où la porte du retour, et, diagnostiqué plus tard, j’écrirais juste pas icitte. Au final, j’ai été quitte pour passer deux semaines à halluciner dans ma moustiquaire, à convoquer mes arrières grands-parents morts de venir à mon secours, à chanter des chansons de famille pour garder la tête… crisse que je suis chanceux d’avoir ces racines-là, assez souvent elles me sauvent la vie ou m’ouvrent la voie. Les connaissez-vous bien vos racines ? Allez-donc au devant de. J’pense, c’est un des plus beau cadeau que vous pouvez vous faire, et que vous pouvez faire à tous. Aille, Chaman Larose qui s’excite s’a cinquante. Reste donc tranquille in peu.

Je vais bien me décider un moment donné à quitter le camp chanson, mais je ne suis pas pressé. Bénédicte chante encore derrière et j’aime donc ça ! J’ai une chum qui chante à soir dans l’hommage à Renée Martel, je sais qu’elle a pas beaucoup dormi, et qu’elle stresse, et que dans le fond, pas avoir dormi et avoir fêté sont les meilleurs prérequis pour interpréter du stock de la famille Martel. Ça me fait penser, vous savez peut-être pas ça, mais je suis le représentant de Jacques Martel. Who the fuck is Jacques Martel ?!? Ben crisse ! Vous êtes trop jeune pour le savoir, faut craire.

De même. J’ai un ami – rendu-là, c’est pu un ami c’est un frère – Pipo, qui est parti de Mont-Laurier, et qui est monté jusqu’à l’Anse-Saint-Jean à pied avec un âne, il y a de ça quelques années, en plein été. J’ai faite un boutte avec lui, de la Ferme La Défriche à Ripon jusqu’au Chenail-Du-Moine, la terre à Pépère, où je reste. Un trente kilomètres à pied, par des chemins de brousse pas rapport. Un moment donné on arrive quelque part à Namur – Namur Petite-Nation, pas Belgique, donnez-nous une chance baptême ! – dans un rang de garnotte, nowhere j’cré ben. Quelque part, Y’a deux bonhommes s’a galerie, assis, quatre-vingt ans passé genre. C’est une scène de western, pour vous mettre en situation.

– Aie ! C’est un âne que t’as là ! On voit pas ça souvent par icitte. T’en occupe-tu comme faut ? Qu’est-ce que tu lui fait manger ? As-tu limé ses sabots ?

Les deux hommes se préoccupent ben plus de la bête que de nous autres, et c’est tellement beau à vivre. La vraie affaire. Deux vieux bonhommes de campagne qui retrouvent la vie, sont pétillants je vous dis, une raison d’être ben simple, un âne ciboire !

– (Monsieur 1) Êtes-vous du coin?

– (Pipo) moi je viens de Sainte-Adèle, mais lui vient du Lac-Des-Plages.

– (Moi) Vous connaissez sûrement mon Grand-Père, c’est Jacques Martel.

– (Monsieur 1) Jacques Martel !??! Ah ben tabarnak !!

– (Monsieur 2) J’ai ben connu ton frère aussi, Daniel.

C’te jour là, j’ai compris ce que j’ai à faire dans ‘vie. J’veux qu’on dise un jour : «Monsieur Larose ?!? Ah ben tabarnak !». Je vais travailler pour. Pépère c’tait pas un branleux. Tout le monde le connaissait, y’était généreux. J’ai les yeux plein d’eau en pensant à lui. Un modèle. Mon frère avec (y’est mort dans un accident de moto en 2008, il pilotait son rêve et pour la première fois, il l’habitait au coton). Je l’ai pas tant que ça connu Pépère, quand j’ai eu dix ans y’est tombé malade, puis s’est faite ramasser par l’Alzheimer – le «h» après le «z», c’est tu assez le mot fucké équivalent à la maladie qu’on parle ? – je l’ai vu se dégrader en quatre ans, fini ça en marchette pas d’dentiers, en combines, «Roberrrrrrt !»…. «Rrrrroberrrrrrt !» qu’il m’appelait. Robert c’est son garçon, mon oncle Robert, qui est parti vivre en Ontario à vingt ans. Moi je bad tripais correct, j’avais treize ans, mon grand-père me faisait peur. Juste avant ça, il me donnait vingt piastres à chaque fois que le lui ramenait un lièvre. C’est mon frère qui m’a appris à étendre les collets, c’était Pépère qui lui avait appris. Sont mort les deux, et ils me manquent.

«garde-moi des pâtes aux crevettes.» Ça c’est Émilie, sur un texto qui ne vous concerne pas. L’abeille la plus perfomante de tout le festival : rien ne se passerait sans elle, sans tout ce qu’elle fait. Ben oui, y’a Alan. Y’est super hot Alan. Mais y’a aussi Émilie, Oubliez-pas ça, Et y’a Marc-Antoine. Et Biele. Et … (suite sans fin de personnes incroyables) Camille.

Camille qui vient de passer. Camille c’est une machine.

– vas-tu être là pour Galaxie ?

– ben voyons ! Certain ! Pis tu sais ça hein, c’te soir là c’est notre vingt-quatre heures, y’a personne qui dort c’te nuite là. »

J’me demande : vous allez être où, c’te soir là, vous autres ? Pour un show de Galaxie, à la Vieille Forge, ça risque de torcher correct. Mes intuitions. Faites-en ce que vous voulez.

«La ville est comme un lite brite, un dragon électrique, I walk on the wild side, j’avoue ça fait un bail ! Le diable me donne le beat et met des étoiles dans mes mains, le diable me donne le beat vraiment, je n’y peux rien.»

Fred Fortin, Olivier Langevin, Pierre Fortin, qui d’autre déjà avec eux ce coup ‘citte ? Eux autres, y font la musique qui m’a manqué quand j’avais quatorze ans. Je reviens souvent avec l’image des phares dans l’obscurité, j’ai pas le choix parce que pour moi c’est ça. Vu un show de Fred, la tournée de Planter le décor, en 2005 j’pense ? À Tadoussac : une autre place où toute se passe. Ça a pas le choix, ça a été le lieu de rencontre qui a créé notre peuple. On pense jamais à ça : le peuple québécois est métissé à 75 % avec les nations Amérindiennes. Métissage de sang qu’on parle. Alors, jusqu’où va le métissage culturel vous pensez ? Allez-donc voir le documentaire l’Empreinte si ça vous tente, y’est en vente présentement. Commande sur le Web, dans deux jours c’est chez vous. Un investissement dans votre identité, des gens qui ont pris le temps de la regarder. C’est un premier regard : tout est pas là, c’est général, mais c’est assez pour que vous puissiez compléter après. C’est un devoir en fait. Je ne suis pas un fan du vedettariat en général, mais je redécouvre Roy Dupuis – qui porte la trame narrative du docu – et j’apprends à connaître son authenticité. La Romaine, il l’a défendu. C’est un gars honnête, j’aimerais vraiment ça le rencontrer. Un des nôtres.

À Tadoussac, Planter le décor, Fred Fortin. C’était Pink Floyd du Lac-Saint-Jean. Notre Pink Floyd à nu’z’ôôtre, avec nos caractéristiques de fond de brosse, de bois, la campagne qui a bâti l’identité de notre peuple, de la poésie qui la compose. Mythique. Et ça va être ça aussi, j’ai comme l’impression, avec Galaxie en fin de semaine. Vous êtes où déjà, samedi le quatre juillet ?

«La ville est comme un lite brite, un dragon électrique, I walk on the wild side, j’avoue ça fait un bail ! Le diable me donne le beat et met des étoiles dans mes mains, le diable me donne le beat vraiment, je n’y peux rien.»

Vous allez manquer quelque chose si vous faite pas un crochet par la Vieille Forge. J’vous l’dit, j’t’à ‘veille de m’acheter une maison dans l’coin. Pour ça, ça prend un festival qui continue. Pour ça, prenez votre carte de membre, affichez «J’aime Petite-Vallée», douze piastres, rien que. Douze piastres bien investies dans la beauté de notre monde. Avec nos impôts, on injecte des milliards pour aller faire la guerre, pour générer le malheur ailleurs. Vous êtes pas tanné de t’ça ?!?!

Ça ne nous ressemble pas. On est métissé Améridiens. Peacefuls on est. On file mal, on a trahi nos frères, lors de la conquête, pour pas se faire déviarger trop par les anglais d’alors, on a fait nos blancs de circonstance en trahisant nos amis. C’est tuff. Pas besoin de feeler coupable, ça aide pas personne, c’est fatikant ça. Juste par contre, prendre le temps d’aller redire : «salut, fait longtemps qu’on s’est vu. Tu me manques. Quand est-ce qu’on se voit pour une pêche ? La truite remonte le crique, je m’en rappelle, c’est toi qui me l’a montré. J’ai manqué la coche, en quelque part, j’ai chooké, j’ai eu peur, j’veux me reprendre, tu m’as tellement tant donné.»

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