PUNK (1ER JUILLET)

LE RINCE GRINCHEUX – MONSIEUR LAROSE

 Je suis un artiste interdisciplinaire originaire de la Petite-Nation en Outaouais. Je suis de passage à Petite-Vallée pour participer à des ateliers d’écriture et d’interprétation de chanson, qui se donnent respectivement avant et après le festival. Pour la durée de l’événement, j’ai décidé de m’impliquer comme bénévole, et on m’a donné carte blanche pour que j’écrive chaque jour un billet d’humeur sur mon expérience au festival.

Punk : septième billet, 1er juillet 2015

J’en aurais aujourd’hui, j’imagine, pour la semaine. Au pire je ferai des réserves.

Y ‘arrive deux bonhommes avec le truck pour décharger des plates-formes de scène en plywood et en planches d’épinette, peinturés noirs. «J’pense qu’y ont mis l’âge de la retraite à quatre-vingt-dix ans icitte. Y’en a vingt à charrier, pis check ben, on va en fabriquer d’autres à part de t’ça. On charrie ça à l’année longue icitte.»

Le Canada. Une amie du :

– ça se fête-tu icitte ?

– j’pense pas.

Malaise. J’ai hâte de pouvoir le fêter le Canada, comme je fête la France, libre de tout tiraillement.

Hier, Les Sœurs Boulay à la fin de leur show ont chanté acoustique, dans ‘salle, pour leur grand-mère qui dansait. Assurément d’autres ont eu la larme à l’œil…. Mais là où j’étais, on était deux… deux qui avons perdu notre grand-mère dernièrement.

– Je l’ai pas trouvé l’église de Condylome…

– … ?!? une chance !

Je n’aime plus ça les spectacles dans des grandes salles. Ça s’est confirmé hier à l’église de Cloridorme. Pour moi, mon maximum de fun c’est l’équivalent du Théâtre de la Vieille Forge. Être obligé de regarder les artistes sur des écrans géants parce que la salle est trop longue… j’ai de la misère. Et les foules, trop denses, j’aime moins. Chu rendu vieux j’cré ben, mais ça doit ben faire dix ans que je suis rendu vieux de même. Les places de festival, avec chiotes précaires, bières cheaps en jus de bas dans un verre de plastique à 6$ … c’était pas comme ça hier là, je schématise en prolongeant la réflexion aux «grands» événements, mais pour dire que ça me rejoint moins. J’ai déjà assisté au spectacle des Sœurs Boulay à l’Auberge Petite-Nation, cent personnes dans’ place, avec des jumelles qui avaient huit ans à l’époque, pour qui Milou et Stef c’est des phares dans leur monde – mais quel monde on leurs offres à nos petites personnes ! Un délire trois X pour enfant, ça fait dur en général me semble – des phares je dis, je l’ai vécu cette fois là, sont hot en maudit les Sœurs Boulay, enfin des filles fiables auxquelles s’identifier, qui en ont vu d’autres, qui savent c’est quoi tirer du douze, c’est important ça en ‘campagne. Moi ça me charme ben raide en tout cas !

Rencontré des nouvelles amies de Cap-aux-Renards qui finalement connaissent tous mes amis. Jasé hier avec un artiste qui me fait de plus en plus penser à mon chum Pichette : les deux sont punks, les deux en ont vu d’autres, sont conteurs, pas barrés, festoyards, alouette.

J’t’allé quelque part, prendre l’air, à côté du poisson mort rempli d’botchs. Fin de la citation.

Étoile du Nord, route du pêcheur. Concert de midi avec Ariane Vaillancourt et Nanny Caron. Moment parfait, tout simple, où j’ai beaucoup appris : j’aurais été gripette moi d’entendre la gang de vacanciers à ‘table commencer à placoter dès le début de la première toune. Arianne a juste continué à voler, à chanter, et instantanément, les bruits de fourchettes et les bla-bla sont venus se fondre dans le décors musical, et c’est devenu tellement parfait. Beaucoup été habité par mon amie Nathalie Derome ce matin, je la sentais là. Amener le théâtre, le jeu, dans un contexte du quotidien, juste de même, parce que ça berce, parce que ça chante, parce qu’on est bien. Connaissez-vous Nathalie ? Checkez-donc ça si jamais elle passe dans votre coin. Ou bedon on passera avec Les Loupiotes, c’est notre duo, si jamais on se déniaise pour composer le nouveau stock.

Rencontré une punk native d’une ville de zoo. J’aurais pas pu dire ça au départ, ça avait l’air d’une madame.

– j’étais punk.

– T’es punk. Arrête, avec tout ce que tu nous racontes.

«Gens du voyage, nous on est pas du voyage, pogné dans l’embouteillage»

Quelque chose de même que disait Daran. «La peur de finir étranger dans mes propres godasses». Encore lui.

Approche ta nature tranquillement. Sais attendre, même en pleine tempête.

Plein de dessins de Geneviève sur une grande bâche frippée étendue, qui couvre tout l’arrière scène. Daran sur le côté cours, plus sur le side que ça y’aurait été hors scène. Geneviève l’autre bord, qui dessine sur des images sur la vidéo. Absorbé par le film, je me suis dis que mon inconscient entendait les mots. «L’amour s’éteint quand les gens se taisent». Faut croire qu’on l’a pas assez entendu c’te phrase là, pour l’appliquer comme faut. Par erreur, j’ai d’abord écrit l’amour s’entend quand les gens se taisent, je trouve ça tout aussi vrai.

Vécu une expérience d’échange télépathique avec une personne que je connais à peine. Là on décolle comprends-tu ? Pendant le spectacle de Daran ; perdu mon cahier de notes hier, je ne sais plus de quoi il était question, peut-être que c’est mieux de même. Fini le show étendu sur plein de chaises, à parler à mon frère, Daniel, y demander si ça va finir par se passer. Je pleure souvent depuis que je suis ici, pas de tristesse nécessairement, mais parce que je suis émotif. J’ai de la misère à pleurer d’habitude, je me suis assez chicané de pas le faire quand j’étais ado : fallait que je sois un gars, comprends-tu ? Crisse que c’est vedge. Je vais passer le restant de ma vie à réparer ça.

À la sortie du spectacle de Daran, je me sens comme quand je sors d’un cinéma en plein après-midi, de retour dans le monde qui devient à son tour le film, en abîme confortable parmi ce qui m’enveloppe et qui continue sans moi. Marcher dans le film, décroché d’une certaine réalité, mais parfaitement à ma place dans une autre, celle du moment.

Qu’est-ce tu fais comme création ? Y’a de la guitare, y’a des mots, y’a de la peine. Ça déchire. Je joue au clown dans un monde de merde. J’pensais à ça un moment donné pendant le show, quelqu’un me demandait ça hier. Toujours de la misère à répondre, là je commence à trouver. C’est simple dans le fond, chante donc une toune Larose, ça va expliquer toute. Écris-là d’abord par contre…

Entrain de me faire préparer du homard par un ami marseillais en écoutant «chambre à louer». Je ferme ça de bonne heure aujourd’hui, pas trop tard, que dix-huit heures, le goût de veiller avec le J.. Aille Théo ! J. s’en vient dans le coin ! Manque rien que le philosophe, Fred pis toi pour qu’on vire ça en enterrement de vie de garçon du troisième type, d’où t’en sortirait pas indemne, tel que le voudrait la coutume.

Me fais jouer un jam croisé belge-marsellais, piano et guitare électrique. Et je fini ce billet en croisé avec le suivant, c’est la première fois que je manque le croche correct depuis que je suis arrivé… fallait ben que ça arrive. Là, c’est Bénédicte qui pratique une toune au piano, juste en arrière. J’appelle ça être gâté ben raide.

J. est arrivé, surréaliste de voir un vieux chum icitte. Aussi surréaliste que le show de Dan Boucher : y’a juste pas d’allure ! Comment dire, un gars show off de même aussi assumé, ça me fait plaisir. On a de la misère avec ça au Québec… soit ça nous mets mal à l’aise, soit on se fait avaler par. Daniel rentre là-dedans à contre-temps, en battant le rythme à l’envers… J. disait qu’il y a du Hendrix dans ‘patente (pas la toune en tant que tel, dans le phénomène en général…). L’espace d’une seconde est apparu Axl Rose, faut le faire ! J’ai vu défiler mon enfance… vous êtes pas plusieurs à l’avoir vu cette enfance là, une chance maudit crisse, à côté de mes pompes comme ça aurait pas été possible de faire pire ! chandail Harley, coat à franges et coupe longueuil… j’ai été sauvé de t’ça par un gars tout frais sorti de prison, une armoire à glace comprends-tu, une chance qu’un gars sorti de prison m’a crissé une volée, j’étais un chicot à l’époque, une chance qu’un gars m’a crissé une volée à seize ans aux totons à Saint-Émile, ça m’a faite assez peur que je suis allé à l’école.

Arianne Vaillancourt c’était malade. Après ça, Dans l’Shed, jam toute la veillée, Stéphanie qui chante les Stones, et ce contre-bassiste, Steven, intemporel et… je me suis déchaussé.

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